À DESTINATION DES PARENTS, DE LA PART D’UN EX-JEUNE-ADDICT

À DESTINATION DES PARENTS, DE LA PART D’UN EX-JEUNE-ADDICT

Lorsque j’étais addict à diverses drogues, je me sentais très mal. J’étais rongé par un sentiment de culpabilité que je fuyais au travers de mes addictions. J’étais anxieux avec une tendance paranoïaque. J’étais triste, amer. Je me détestais. Au réveil, ma seule envie était d’en finir. Mais je me levais quand même, peut-être grâce au fait d’avoir le sentiment que quelques personnes tenaient à moi.

Ma culpabilité face à ma famille

La culpabilité que j’éprouvais était liée à ma famille et particulièrement à ma mère. J’avais honte d’être qui j’étais. Honte de l’image que je donnais d’elle et de son éducation. Honte de la décevoir chaque fois que je rentrais défoncé. Honte de mes résultats scolaires. Honte de tous les actes immoraux que je commettais. Honte de rendre ma mère triste et anxieuse à mon sujet.

Quelle attitude pouvait-elle avoir ? Elle était seule, avec deux ados, j’étais l’aîné et je fonçais droit dans le mur sans qu’elle n’ait réellement d’emprise sur moi, car j’étais indépendant financièrement et que je n’étais présent à la maison qu’une très faible partie de la journée. Que pouvait-elle faire sinon garder le contact et attendre que, de moi-même, je fasse un pas vers elle, vers la guérison, vers la liberté.

Ma mère ne m’accusait pas de mes erreurs

C’est ce qu’elle a fait. Elle a maintenu une ambiance chaleureuse à la maison. Elle m’a toujours accueilli. Bien sûr, il lui est régulièrement arrivé de me disputer, mais j’avais la sensation d’avoir un foyer, un endroit fiable, chaleureux, dans lequel je pouvais, en toute confiance, me sentir protégé, aimé, soutenu. En rentrant chez elle, je rentrais chez moi. Et bien que la majeure partie du temps passé au domicile de ma mère était consacré à jouer sur l’ordinateur, j’avais en tête la perspective d’une agréable soirée. On ne m’accuserait pas de toutes mes erreurs et je serais nourri et considéré. Je savais qu’il était possible que je me fasse disputer, mais ce n’était pas incontournable. Je rentrais donc « chez moi », plutôt en paix, ne me sentant pas rejeté par ma famille.

Addict, j’avais besoin d’aide, j’ai pu en parler à ma mère

Le jour où j’ai réalisé que j’avais besoin d’aide, j’ai pu en parler à ma mère. J’ai pris contact avec un centre de consultation pour consommateurs et c’est elle qui m’a accompagné. Elle m’a soutenu quand j’ai voulu cesser de voir le psychologue et elle m’a de nouveau soutenu quand j’ai décidé d’aller dans un autre centre.

Voici une spéculation sur le déroulement des événements si je n’avais pas trouvé de « réconfort » au sein du domicile familial : J’aurais probablement cherché à fuir cet environnement désagréable, en perdant le peu de cadres que j’avais et je n’en serais certainement pas où j’en suis aujourd’hui.

Merci maman.

Accueillir et valoriser

Le conseil que j’ai à vous donner, à vous, parents, frères, sœurs, petit-ami(e)s ou ami(e)s d’un consommateur ou d’une personne ayant un comportement que vous jugez dangereux. Accueillez chaque jour cette personne sans lui rappeler tous ces travers. N’abordez pas chaque jour le sujet de votre inquiétude, cherchez ce qu’il y a de beau en lui, cherchez à voir ses victoires, valorisez la moindre attitude « positive ».

Éviter la rupture relationnelle

Si chacune de vos discussions mène à une dispute, il est possible que cette personne ne souhaite pas changer. Vos points de vue divergents peuvent créer des conflits incessants qui engendreront un sentiment de rejet pour la personne inculpée. Cette blessure de rejet peut déboucher sur une rupture relationnelle. Les conséquences d’une telle rupture mènent souvent à l’isolement, à la baisse d’estime de soi et enfin, à la consommation. Soit l’inverse de ce que l’on souhaitait en engageant la discussion.
Cette personne n’est pas seulement un consommateur, c’est un être qui a des tas d’autres facettes qui ne demandent qu’à briller et pour cela il faut la considérer et la nourrir de notre attention. Prenons mon cas pour exemple : consommer de la drogue me permettait d’attirer l’attention sur moi. Que ce soit l’attention des personnes qui me percevaient comme un « rebelle estimable » ou bien qui me considéraient comme « quelqu’un à sauver ». Dans tous les cas, on me portait de l’attention.

Évaluer correctement son inquiétude

Lorsqu’un de vos proches vit dans l’addiction, il est légitime d’éprouver de l’inquiétude, mais je vous invite à travailler sur votre inquiétude. Est-elle fondée sur de réels dangers ? Il est possible que non. Il est possible que oui. L’inquiétude que vous ressentez est peut-être un peu disproportionnée par rapport au danger réel. Ensuite, dans la mesure du possible, je vous invite à devenir observateur de cette personne en danger et de ne pas chercher à l’aider ou à la conseiller si elle ne demande pas d’aide. Dans le meilleur des cas, vos conseils seraient stériles et dans le pire, ils déclencheraient un conflit.

Vous êtes la personne la plus disposée à faire des efforts

Je pense qu’il est préférable d’employer la majeure partie de vos temps communs à nourrir les passions de cette personne. Il aime la nature, la montagne, mais, faute de compagnons motivés, n’y va jamais ? Pourquoi ne pas l’y accompagner ? Et s’il consomme pendant ce temps-là ? Et bien soit ! Cet être est libre et vous aussi d’ailleurs. Si vous ne supportez pas d’être en sa présence lorsqu’il consomme, vous avez la possibilité de partir. J’imagine que vous êtes la personne la plus disposée à faire des efforts. Je pense donc que c’est à vous de les faire.

Si votre enfant arrive à se sentir chez lui chez vous, vous êtes alors à son contact et en capacité d’agir, de l’influencer, de le tirer vers le haut. À contrario, si l’ambiance est tendue en permanence, le jeune aura toutes les raisons d’avoir envie de s’échapper. À ce moment-là, votre influence sera très nettement amoindrie, laissant place à d’autres influences certainement moins bien intentionnées que celle d’un père ou d’une mère.

Se documenter pour mieux comprendre une personne addict

En bref, je vous conseille d’entretenir une relation agréable, basée sur la confiance et dans laquelle les deux parties arrivent à trouver un accord. Une relation permettant un échange sans que des émotions comme la peur ne la gâchent systématiquement. Je vous propose de vous documenter (bravo c’est ce que vous faites déjà:)) pour comprendre ce que vit cette personne et agir de la manière la plus adéquate. Je vous invite donc à prendre connaissance de témoignages de jeunes qui s’en sortent ou qui ont vécu une jeunesse « chaotique », mais qui aujourd’hui sont heureux. Votre enfant a toutes les chances de s’en sortir, particulièrement s’il trouve un sens à sa vie.

Je vous souhaite beaucoup de courage et de discernement dans cette épreuve.

Puisse l’Amour triompher de la peur.

« Une VIE pleine de SENS ! » communique sur les thèmes de la dépendance et du développement personnel.
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